Pour les enseignants

Enseigner l’écriture de scénario en cinq séances, gratuitement

C’est la progression que j’aimerais avoir sous la main si je devais enseigner le scénario à une classe de seconde lundi prochain. Cinq séances d’environ cinquante minutes mènent les élèves de « n’écrire que ce que la caméra voit » à une scène terminée, lue à voix haute devant la classe. Les exercices sont prêts à copier, les corrigés sont juste en dessous, et une grille d’évaluation sur 20 termine le tout. Copiez-la, imprimez-la, changez ce que vous voulez.

Prendre le modèle pour la classe

À l’impression, tous les corrigés s’ouvrent et chaque séance commence sur une nouvelle page.

Comment la progression est construite

La plupart des cours de scénario commencent par le format, et les élèves passent la première semaine à apprendre des marges pour une histoire qu’ils n’ont pas encore écrite. Ici, on fait l’inverse. La première séance n’a rien à voir avec un logiciel : les élèves y apprennent qu’un scénario ne décrit que ce qui peut être filmé, et tout le reste repose sur cette idée. Le format arrive en deuxième, une fois qu’ils savent à quoi il sert. Viennent ensuite les deux savoir-faire qui séparent un scénario d’une histoire racontée en dialogues : une action qu’un comédien peut jouer, et des répliques qui ne disent pas ce que le personnage pense.

À la fin, chaque élève a écrit une scène de deux à trois pages, l’a entendue lue par d’autres, et l’a réécrite. C’est cette dernière étape dont les élèves se souviennent.

Séance 1

N’écrire que ce que la caméra voit

Objectif : comprendre qu’un scénario est le plan d’un film à tourner, et qu’une page dure environ une minute à l’écran.

Il vous faut les trois premières minutes d’un court métrage avec peu de dialogues. Choisissez-en un que la classe n’a jamais vu.

Pour mettre un vrai scénario à côté du film, la page du modèle de court métrage donne le scénario complet d’un court produit et primé à Clermont-Ferrand.

Séance 2

Les six formes de la page

Objectif : reconnaître et utiliser les six éléments du format de scénario.

INT. BAR D’HÔTEL, TOKYO - NUIT
Des néons à travers la vitre. BOB, soixante ans,
cravate défaite, sirote un whisky qu’il n’a pas
commandé.
CHARLOTTE
(deux tabourets plus loin)
Vous non plus, vous n’allez pas dormir.
BOB
Je n’ai pas dormi depuis jeudi.
CUT :

Exercice : la page en vrac

C’est la nuit, dans une laverie. Toutes les machines sont arrêtées sauf une, qui cogne. Nadia, dix-sept ans, est assise sur une chaise en plastique, un sac de cours sur les genoux. Un homme en manteau mouillé entre. Il s’appelle M. Okafor, c’est son professeur de chimie. Il la voit et s’arrête. Il dit : « Nadia ? Il est onze heures du soir. » Sans lever les yeux, elle répond : « La machine est en panne, à la maison. » Il regarde la seule machine qui tourne, puis son sac, la seule chose qu’elle a avec elle. Il dit doucement : « Ça, ce n’est pas une lessive. » Elle dit : « Non. » Puis on passe dehors, où la pluie tombe sur sa voiture.

La liste de contrôle

Afficher le corrigé
INT. LAVERIE - NUIT
Des rangées de machines à l’arrêt. Une seule
cogne.
NADIA (17 ans) est assise sur une chaise en
plastique, un sac de cours sur les genoux.
M. OKAFOR (la cinquantaine), son professeur de
chimie, entre, trempé. Il la voit. S’arrête.
M. OKAFOR
Nadia ? Il est onze heures du soir.
NADIA
(sans lever les yeux)
La machine est en panne, à la maison.
Il regarde la machine qui cogne. Puis le sac, la
seule chose qu’elle a avec elle.
M. OKAFOR
(doucement)
Ça, ce n’est pas une lessive.
NADIA
Non.
CUT :
EXT. LAVERIE - NUIT
La pluie martèle le toit de sa voiture.

Deux points à discuter avec la classe. « Son professeur de chimie » ne se filme pas, et pourtant on le garde : la première apparition d’un personnage est le seul endroit où un scénario a le droit de raconter un peu. Et la scène fonctionne parce que personne n’explique pourquoi Nadia est là à onze heures du soir avec un sac de cours. Le spectateur le comprend seul, et c’est l’objet de la séance 4.

Séance 3

Les didascalies : montrer ce qu’on verrait

Objectif : transformer des sentiments et des faits en choses qu’un comédien peut jouer et qu’une caméra peut filmer.

Exercice : cinq phrases à réécrire

  1. Léo est en colère contre son frère.
  2. Maya est nerveuse avant son entretien.
  3. La maison est vide depuis des années.
  4. Sam est amoureux de Jo depuis des mois et ne le lui a jamais dit.
  5. Mamie commence à oublier des choses.

Exemple corrigé, phrase 3 :

De la poussière sur les touches du piano. Au mur
de la cuisine, un calendrier encore ouvert sur
mars 2019.

Trois règles pour l’action

Afficher des réponses possibles
  1. Léo pose une assiette devant son frère. Assez fort pour la fêler.
  2. Dans la salle d’attente, Maya relit pour la cinquième fois la même ligne de son CV.
  3. De la poussière sur les touches du piano. Un calendrier encore ouvert sur mars 2019.
  4. Jo rit devant son téléphone. Sam la regarde, et détourne les yeux dès qu’elle relève la tête.
  5. Mamie sert le thé. Puis remplit une deuxième tasse, pour quelqu’un qui n’est pas là.

Il n’y a pas de réponse unique. Une bonne version est une version qu’un comédien pourrait jouer sans vous demander ce que vous vouliez dire.

Séance 4

Dialogue et sous-texte

Objectif : écrire des répliques où les personnages tournent autour de ce qu’ils pensent vraiment.

Exercice : ce qu’ils ne disent pas

Écrivez une scène d’une page entre deux personnes qui parlent d’une chose sans importance : à qui c’est le tour de faire la vaisselle, un chargeur de téléphone perdu, ce qu’on regarde ce soir.

En dessous, la scène parle d’autre chose, que ni l’un ni l’autre ne nomme. Choisissez : l’un des deux part vivre dans une autre ville, l’un des deux a trahi une promesse, l’un des deux connaît un secret sur l’autre.

Le vrai sujet ne doit jamais apparaître dans les répliques.

La lecture dit si c’est réussi. Si personne dans la classe ne devine le vrai sujet, il est trop enfoui. Si quelqu’un le trouve dès les trois premières répliques, un personnage s’en est trop approché. Les deux se corrigent facilement, et c’est en les corrigeant qu’on apprend.

Pour finir, demandez à chacun de barrer tous les « bonjour », « bon », « alors », et chaque fois qu’un personnage appelle l’autre par son prénom. La scène raccourcit, elle s’améliore, et ils le voient se produire.

Séance 5

Écrire une scène, puis l’entendre

Objectif : écrire une scène complète et la réécrire après l’avoir entendue lue.

La consigne

  1. Un seul lieu.
  2. Deux ou trois personnages.
  3. Un personnage veut quelque chose d’un autre et ne l’obtient pas, ou l’obtient à un prix.
  4. Quelque chose a changé entre la première ligne et la dernière.

À la maison, les élèves réécrivent d’après leurs notes, vérifient le format et rendent un PDF. Avant de le rendre, ils peuvent le passer dans notre vérificateur de format gratuit (en anglais), qui relève les remarques qu’écrirait un lecteur professionnel : taille de police, marges, intitulés de scène, tirades trop longues, un personnage écrit de deux façons. Votre temps de correction va à l’histoire, pas aux marges.

Évaluation

La grille d’évaluation

Quatre critères notés chacun sur 5 pour la scène finale, soit une note sur 20. Les quatre niveaux reprennent l’échelle du livret scolaire.

CritèreTrès satisfaisante (5)Satisfaisante (4)Fragile (2)Insuffisante (1)
FormatAucune erreur. Un lecteur ne remarquerait même pas le format.Deux ou trois petites erreurs, comme une capitale oubliée ou une ligne vide de trop.Les éléments se reconnaissent mais sont souvent mal placés.La page se lit comme de la prose avec des noms devant les répliques.
Écriture visuelleChaque ligne d’action peut se filmer. Les sentiments passent par ce que font les personnages.Surtout visuelle, avec une ou deux lignes qui disent ce que quelqu’un ressent.L’action explique souvent des pensées ou un passé.L’action résume l’histoire au lieu de décrire ce qu’on voit.
DialogueLes personnages ne parlent pas de la même façon et disent rarement ce qu’ils pensent.Naturel, avec quelques répliques qui énoncent l’évidence.Les personnages s’expliquent l’intrigue entre eux.Les répliques portent toute la scène et rien ne se passe autour.
Construction de la scèneQuelqu’un veut quelque chose, rencontre une résistance, et la scène finit changée.Un désir clair et un changement, avec quelques lignes en trop.Il se passe quelque chose, mais sans enjeu.Ni désir ni changement. La scène pourrait commencer ou finir n’importe où.

Une note de 3 reste possible pour un travail entre « fragile » et « satisfaisant ».

La mise en place en classe

La progression fonctionne avec n’importe quel traitement de texte. Voici l’organisation qui fait gagner le plus de temps dans un établissement équipé de Google.

  1. Ouvrez le modèle de scénario gratuit et faites Fichier, puis Créer une copie, pour le mettre dans votre Drive.
  2. Dans Google Classroom, créez un devoir, joignez votre copie et choisissez « Créer une copie pour chaque élève ». Chaque élève reçoit une page déjà mise en forme, à son nom, et vous voyez son travail pendant qu’il écrit.
  3. Des séances 2 à 5, les élèves peuvent mettre en forme à la main à partir du modèle, ou installer notre extension, qui place chaque ligne dans la bonne colonne pendant la frappe : Entrée après un intitulé de scène passe à l’action, Tab passe au nom d’un personnage.
  4. Pour rendre leur travail, les élèves font Fichier, puis Télécharger, puis Document PDF.

Si vos élèves sont mineurs et utilisent des comptes Google de l’établissement, l’administrateur de votre Google Workspace doit autoriser l’extension une fois avant qu’ils puissent s’y connecter. Cela prend quelques minutes, et nous envoyons à l’administrateur la marche à suivre exacte. Un établissement sous Microsoft peut suivre la même progression dans Word avec notre complément pour Word.

L’extension est gratuite pour les enseignants, quelle que soit la formule, aussi longtemps que vous enseignez. Les élèves peuvent écrire gratuitement avec des limites quotidiennes, ce qui suffit pour cette progression. Pour retirer toutes les limites à une classe, nous facturons par élève, jamais de licence d’établissement.

Qui a écrit cette progression

Je suis Hugo Thomas, cinéaste. J’ai réalisé deux longs métrages, Willy 1er et Juniors, tous les deux sur Netflix, et mes courts métrages ont été primés à Clermont-Ferrand. Je fabrique aussi Screenplay Editor, l’outil qui apporte le format de scénario dans Google Docs et Word, et que des élèves de plus de cent établissements utilisent déjà. Cette progression, c’est ce que j’enseignerais si j’avais cinq heures avec une classe. Si vous la menez et que vous changez quelque chose qui marche mieux, j’aimerais le savoir.

Questions

Pour quel âge ?

Dès 14 ans. Elle fonctionne telle quelle au lycée, en option ou en spécialité cinéma-audiovisuel comme en français, et en première année de licence. Avec des élèves plus jeunes, gardez les séances 1 à 3 et faites de la séance 4 un exercice collectif.

Faut-il un logiciel de scénario ?

Non. Chaque séance se fait dans Google Docs ou Word avec le modèle gratuit. Un logiciel fait gagner du temps à partir de la séance 2, parce que les élèves arrêtent de se battre avec les marges et pensent à la scène.

Suit-elle un programme officiel ?

Non. Elle a été pensée comme une première approche de l’écriture de scénario, ce qui recoupe le travail d’écriture demandé en cinéma-audiovisuel, mais elle ne suit pas un programme de l’Éducation nationale point par point.

Puis-je copier et adapter les exercices ?

Oui. Imprimez-les, mettez-les dans vos diaporamas ou vos fiches. Un lien vers cette page est apprécié, pas obligatoire.

Quel court métrage montrer en séance 1 ?

N’importe quel court avec une ouverture forte et peu de dialogues. Les ouvertures muettes marchent le mieux, parce que les élèves doivent tout décrire au lieu de recopier des répliques.

Comment corriger le format vite ?

Demandez un PDF et passez-le dans le vérificateur de format. Il relève les erreurs en quelques secondes, la ligne « format » de la grille ne vous prend plus de temps et vos commentaires vont à l’histoire.