Pour les enseignants
Enseigner l’écriture de scénario en cinq séances, gratuitement
C’est la progression que j’aimerais avoir sous la main si je devais enseigner le scénario à une classe de seconde lundi prochain. Cinq séances d’environ cinquante minutes mènent les élèves de « n’écrire que ce que la caméra voit » à une scène terminée, lue à voix haute devant la classe. Les exercices sont prêts à copier, les corrigés sont juste en dessous, et une grille d’évaluation sur 20 termine le tout. Copiez-la, imprimez-la, changez ce que vous voulez.
- Âge : dès 14 ans, jusqu’à la licence
- Durée : 5 séances de 50 minutes
- Matériel : Google Docs ou Word, un vidéoprojecteur
- Prix : gratuit, sans inscription
- 1. Ce que voit la caméra
- 2. Les six formes de la page
- 3. Les didascalies
- 4. Dialogue et sous-texte
- 5. Écrire, puis entendre
- Grille d’évaluation
- Mise en place en classe
À l’impression, tous les corrigés s’ouvrent et chaque séance commence sur une nouvelle page.
Comment la progression est construite
La plupart des cours de scénario commencent par le format, et les élèves passent la première semaine à apprendre des marges pour une histoire qu’ils n’ont pas encore écrite. Ici, on fait l’inverse. La première séance n’a rien à voir avec un logiciel : les élèves y apprennent qu’un scénario ne décrit que ce qui peut être filmé, et tout le reste repose sur cette idée. Le format arrive en deuxième, une fois qu’ils savent à quoi il sert. Viennent ensuite les deux savoir-faire qui séparent un scénario d’une histoire racontée en dialogues : une action qu’un comédien peut jouer, et des répliques qui ne disent pas ce que le personnage pense.
À la fin, chaque élève a écrit une scène de deux à trois pages, l’a entendue lue par d’autres, et l’a réécrite. C’est cette dernière étape dont les élèves se souviennent.
Séance 1
N’écrire que ce que la caméra voit
Objectif : comprendre qu’un scénario est le plan d’un film à tourner, et qu’une page dure environ une minute à l’écran.
Il vous faut les trois premières minutes d’un court métrage avec peu de dialogues. Choisissez-en un que la classe n’a jamais vu.
- 10 minMontrez l’ouverture une fois avec le son. Puis une seconde fois, en demandant aux élèves de noter dans l’ordre tout ce qu’ils voient et entendent.
- 20 minLes élèves transforment leurs notes en phrases simples, au présent. Une seule règle : ne rien écrire qu’une caméra ou un micro ne pourrait enregistrer.
- 15 minTrois élèves lisent leur texte. La classe les arrête à chaque mot impossible à filmer : « elle se souvient », « il est nerveux », « des années plus tôt ». Chacun est barré ou transformé en quelque chose de visible.
- 5 minDonnez-leur la règle d’usage : une page de scénario fait environ une minute de film. Leurs trois minutes devraient remplir à peu près trois pages. La plupart rempliront une demi-page, et c’est tout l’enjeu de la séance 3.
Pour mettre un vrai scénario à côté du film, la page du modèle de court métrage donne le scénario complet d’un court produit et primé à Clermont-Ferrand.
Séance 2
Les six formes de la page
Objectif : reconnaître et utiliser les six éléments du format de scénario.
- 10 minProjetez la page ci-dessous et nommez les six éléments : l’intitulé de scène, l’action, le nom du personnage, la didascalie de jeu entre parenthèses, la réplique, la transition. Faites remarquer que chacun reste toujours dans la même colonne.
- 25 minLa page en vrac : les élèves transforment le paragraphe ci-dessous en scène mise en forme, dans leur copie du modèle.
- 15 minIls échangent avec leur voisin, vérifient la page de l’autre avec la liste de contrôle, puis comparent avec le corrigé.
Exercice : la page en vrac
C’est la nuit, dans une laverie. Toutes les machines sont arrêtées sauf une, qui cogne. Nadia, dix-sept ans, est assise sur une chaise en plastique, un sac de cours sur les genoux. Un homme en manteau mouillé entre. Il s’appelle M. Okafor, c’est son professeur de chimie. Il la voit et s’arrête. Il dit : « Nadia ? Il est onze heures du soir. » Sans lever les yeux, elle répond : « La machine est en panne, à la maison. » Il regarde la seule machine qui tourne, puis son sac, la seule chose qu’elle a avec elle. Il dit doucement : « Ça, ce n’est pas une lessive. » Elle dit : « Non. » Puis on passe dehors, où la pluie tombe sur sa voiture.
La liste de contrôle
- L’intitulé de scène commence par INT. ou EXT., donne un lieu et un moment, et il est en capitales.
- Le nom d’un personnage est en capitales la première fois qu’il apparaît dans l’action, avec son âge.
- Le nom au-dessus de chaque réplique est en capitales et s’écrit toujours de la même façon.
- La réplique tient dans une colonne étroite, alignée à gauche, jamais centrée.
- « Doucement » et « sans lever les yeux » sont devenus des didascalies de jeu, entre parenthèses, sous le nom.
- Une seule ligne vide sépare deux éléments, jamais deux.
Afficher le corrigé
Deux points à discuter avec la classe. « Son professeur de chimie » ne se filme pas, et pourtant on le garde : la première apparition d’un personnage est le seul endroit où un scénario a le droit de raconter un peu. Et la scène fonctionne parce que personne n’explique pourquoi Nadia est là à onze heures du soir avec un sac de cours. Le spectateur le comprend seul, et c’est l’objet de la séance 4.
Séance 3
Les didascalies : montrer ce qu’on verrait
Objectif : transformer des sentiments et des faits en choses qu’un comédien peut jouer et qu’une caméra peut filmer.
- 10 minLisez l’exemple corrigé à voix haute, puis les trois règles ci-dessous.
- 25 minChaque élève réécrit les cinq phrases. Ceux qui finissent tôt en proposent deux versions.
- 15 minRecueillez au tableau les meilleures versions de chaque phrase. La classe vote pour celle qui en dit le plus avec le moins de mots.
Exercice : cinq phrases à réécrire
- Léo est en colère contre son frère.
- Maya est nerveuse avant son entretien.
- La maison est vide depuis des années.
- Sam est amoureux de Jo depuis des mois et ne le lui a jamais dit.
- Mamie commence à oublier des choses.
Exemple corrigé, phrase 3 :
Trois règles pour l’action
- Toujours au présent. Le film se déroule maintenant : « elle ouvre la porte », jamais « elle ouvrit » ni « elle va ouvrir ».
- Quatre lignes au plus par paragraphe. L’œil du lecteur saute un bloc d’action trop long. Chaque nouveau paragraphe correspond à peu près à un nouveau plan.
- Les capitales seulement pour la première apparition d’un personnage. Ni pour insister, ni pour toute une ligne.
Afficher des réponses possibles
- Léo pose une assiette devant son frère. Assez fort pour la fêler.
- Dans la salle d’attente, Maya relit pour la cinquième fois la même ligne de son CV.
- De la poussière sur les touches du piano. Un calendrier encore ouvert sur mars 2019.
- Jo rit devant son téléphone. Sam la regarde, et détourne les yeux dès qu’elle relève la tête.
- Mamie sert le thé. Puis remplit une deuxième tasse, pour quelqu’un qui n’est pas là.
Il n’y a pas de réponse unique. Une bonne version est une version qu’un comédien pourrait jouer sans vous demander ce que vous vouliez dire.
Séance 4
Dialogue et sous-texte
Objectif : écrire des répliques où les personnages tournent autour de ce qu’ils pensent vraiment.
- 5 minExpliquez le sous-texte en une phrase : les gens disent rarement la chose importante de front, et un bon dialogue fait comme eux.
- 25 minPar deux, les élèves écrivent la scène d’une page décrite ci-dessous.
- 20 minDeux binômes lisent leur scène à voix haute. La classe devine de quoi elle parle vraiment.
Exercice : ce qu’ils ne disent pas
Écrivez une scène d’une page entre deux personnes qui parlent d’une chose sans importance : à qui c’est le tour de faire la vaisselle, un chargeur de téléphone perdu, ce qu’on regarde ce soir.
En dessous, la scène parle d’autre chose, que ni l’un ni l’autre ne nomme. Choisissez : l’un des deux part vivre dans une autre ville, l’un des deux a trahi une promesse, l’un des deux connaît un secret sur l’autre.
Le vrai sujet ne doit jamais apparaître dans les répliques.
La lecture dit si c’est réussi. Si personne dans la classe ne devine le vrai sujet, il est trop enfoui. Si quelqu’un le trouve dès les trois premières répliques, un personnage s’en est trop approché. Les deux se corrigent facilement, et c’est en les corrigeant qu’on apprend.
Pour finir, demandez à chacun de barrer tous les « bonjour », « bon », « alors », et chaque fois qu’un personnage appelle l’autre par son prénom. La scène raccourcit, elle s’améliore, et ils le voient se produire.
Séance 5
Écrire une scène, puis l’entendre
Objectif : écrire une scène complète et la réécrire après l’avoir entendue lue.
- 30 minChaque élève écrit une scène de deux à trois pages, seul, d’après la consigne ci-dessous.
- 20 minLecture à la table, par groupes de trois ou quatre. Les autres élèves lisent les rôles ; l’auteur se contente d’écouter et note chaque endroit où un lecteur bute, ou où le groupe rit quand il ne devrait pas.
La consigne
- Un seul lieu.
- Deux ou trois personnages.
- Un personnage veut quelque chose d’un autre et ne l’obtient pas, ou l’obtient à un prix.
- Quelque chose a changé entre la première ligne et la dernière.
À la maison, les élèves réécrivent d’après leurs notes, vérifient le format et rendent un PDF. Avant de le rendre, ils peuvent le passer dans notre vérificateur de format gratuit (en anglais), qui relève les remarques qu’écrirait un lecteur professionnel : taille de police, marges, intitulés de scène, tirades trop longues, un personnage écrit de deux façons. Votre temps de correction va à l’histoire, pas aux marges.
Évaluation
La grille d’évaluation
Quatre critères notés chacun sur 5 pour la scène finale, soit une note sur 20. Les quatre niveaux reprennent l’échelle du livret scolaire.
| Critère | Très satisfaisante (5) | Satisfaisante (4) | Fragile (2) | Insuffisante (1) |
|---|---|---|---|---|
| Format | Aucune erreur. Un lecteur ne remarquerait même pas le format. | Deux ou trois petites erreurs, comme une capitale oubliée ou une ligne vide de trop. | Les éléments se reconnaissent mais sont souvent mal placés. | La page se lit comme de la prose avec des noms devant les répliques. |
| Écriture visuelle | Chaque ligne d’action peut se filmer. Les sentiments passent par ce que font les personnages. | Surtout visuelle, avec une ou deux lignes qui disent ce que quelqu’un ressent. | L’action explique souvent des pensées ou un passé. | L’action résume l’histoire au lieu de décrire ce qu’on voit. |
| Dialogue | Les personnages ne parlent pas de la même façon et disent rarement ce qu’ils pensent. | Naturel, avec quelques répliques qui énoncent l’évidence. | Les personnages s’expliquent l’intrigue entre eux. | Les répliques portent toute la scène et rien ne se passe autour. |
| Construction de la scène | Quelqu’un veut quelque chose, rencontre une résistance, et la scène finit changée. | Un désir clair et un changement, avec quelques lignes en trop. | Il se passe quelque chose, mais sans enjeu. | Ni désir ni changement. La scène pourrait commencer ou finir n’importe où. |
Une note de 3 reste possible pour un travail entre « fragile » et « satisfaisant ».
La mise en place en classe
La progression fonctionne avec n’importe quel traitement de texte. Voici l’organisation qui fait gagner le plus de temps dans un établissement équipé de Google.
- Ouvrez le modèle de scénario gratuit et faites Fichier, puis Créer une copie, pour le mettre dans votre Drive.
- Dans Google Classroom, créez un devoir, joignez votre copie et choisissez « Créer une copie pour chaque élève ». Chaque élève reçoit une page déjà mise en forme, à son nom, et vous voyez son travail pendant qu’il écrit.
- Des séances 2 à 5, les élèves peuvent mettre en forme à la main à partir du modèle, ou installer notre extension, qui place chaque ligne dans la bonne colonne pendant la frappe : Entrée après un intitulé de scène passe à l’action, Tab passe au nom d’un personnage.
- Pour rendre leur travail, les élèves font Fichier, puis Télécharger, puis Document PDF.
Si vos élèves sont mineurs et utilisent des comptes Google de l’établissement, l’administrateur de votre Google Workspace doit autoriser l’extension une fois avant qu’ils puissent s’y connecter. Cela prend quelques minutes, et nous envoyons à l’administrateur la marche à suivre exacte. Un établissement sous Microsoft peut suivre la même progression dans Word avec notre complément pour Word.
L’extension est gratuite pour les enseignants, quelle que soit la formule, aussi longtemps que vous enseignez. Les élèves peuvent écrire gratuitement avec des limites quotidiennes, ce qui suffit pour cette progression. Pour retirer toutes les limites à une classe, nous facturons par élève, jamais de licence d’établissement.
Qui a écrit cette progression
Je suis Hugo Thomas, cinéaste. J’ai réalisé deux longs métrages, Willy 1er et Juniors, tous les deux sur Netflix, et mes courts métrages ont été primés à Clermont-Ferrand. Je fabrique aussi Screenplay Editor, l’outil qui apporte le format de scénario dans Google Docs et Word, et que des élèves de plus de cent établissements utilisent déjà. Cette progression, c’est ce que j’enseignerais si j’avais cinq heures avec une classe. Si vous la menez et que vous changez quelque chose qui marche mieux, j’aimerais le savoir.
Questions
Pour quel âge ?
Dès 14 ans. Elle fonctionne telle quelle au lycée, en option ou en spécialité cinéma-audiovisuel comme en français, et en première année de licence. Avec des élèves plus jeunes, gardez les séances 1 à 3 et faites de la séance 4 un exercice collectif.
Faut-il un logiciel de scénario ?
Non. Chaque séance se fait dans Google Docs ou Word avec le modèle gratuit. Un logiciel fait gagner du temps à partir de la séance 2, parce que les élèves arrêtent de se battre avec les marges et pensent à la scène.
Suit-elle un programme officiel ?
Non. Elle a été pensée comme une première approche de l’écriture de scénario, ce qui recoupe le travail d’écriture demandé en cinéma-audiovisuel, mais elle ne suit pas un programme de l’Éducation nationale point par point.
Puis-je copier et adapter les exercices ?
Oui. Imprimez-les, mettez-les dans vos diaporamas ou vos fiches. Un lien vers cette page est apprécié, pas obligatoire.
Quel court métrage montrer en séance 1 ?
N’importe quel court avec une ouverture forte et peu de dialogues. Les ouvertures muettes marchent le mieux, parce que les élèves doivent tout décrire au lieu de recopier des répliques.
Comment corriger le format vite ?
Demandez un PDF et passez-le dans le vérificateur de format. Il relève les erreurs en quelques secondes, la ligne « format » de la grille ne vous prend plus de temps et vos commentaires vont à l’histoire.